"La capitale tentaculaire s'étendait à perte de vue sous le regard perçant de Lord Edward Brooks. Le brouillard mêlé aux épaisses vapeurs dégagées par la steam-technologie s'estompaient peu à peu, balayé par un vent froid venant des terres du nord. Si les quartiers apparaissaient à la vue de l'homme qui les observait, ils ne dévoilaient pour autant pas leurs secrets qui demeuraient bel et bien invisibles. En revanche, ce qui sautait aux yeux, c'était les avancées steam-technologiques qui marquaient désormais la capitale d'une empreinte indélébile et de fumées noires quasi permanentes insidieusement oppressantes. Mais le confort et les avantages qu'offrait cette nouvelle science valait bien que l'homme obscurcisse son horizon à tout point de vue. 

            Non loin de l'ancestrale Tour de Londres, une nouvelle tour des plus singulières s'élançait vers les cieux, point névralgique d'un perpétuel essaim de vapo-ballons et d'objets volants en tout genre. La vieille Tour, quant à elle, se consolait avec ses lugubres corbeaux faisant office d'ornement aérien. Sur la tamise, une multitude de bateaux, pour la plupart équipés de propulsion à hélice, sillonnaient les flots sans relâche, allant des beaux quartiers à la Venise Grise. Les rues de Londres connaissaient une effervescence permanente durant la journée lui donnant l'aspect d'une fourmilière frénétique. Chaque passant doté d'objets courants faisant appel à la vapotechnologie contribuait à l'émanation de volutes noires qui rejoignaient lentement le Black Smoke. 

            Le terrain de chasse était immense et le travail à accomplir colossal : quelques millions d'âmes à protéger des horreurs tapies dans l'ombre et seuls quelques individus s'évertuant à cette tâche aux périls de leur vie.

            Mais Lord Brooks n'était pas venu à Steam-City dans le simple but d'observer Londres depuis les cieux, mais parce que l'un de ses amis du Carlton Club lui avait signalé que d'étranges phénomènes probablement liés à une horreur s'était produite ici : une nouvelle apparition de l'Amiral Nelson !"

 

Cet extrait du long texte de présentation de la capitale de la Pax Britannica est signé du duo Camille-Claben et c'est l'occasion rêvée de parler du travail de co-auteur !

Si je suis à l'origine de SteamShadows et que j’ai écris (et écris encore) la quasi totalité des textes, d'autres talents viennent me prêter renfort !
Et pour plein de raisons et pas vraiment celles que l'on pourrait croire.

Bien sûr, le temps est une composante essentielle. JdR Editions sort ses jeux rapidement après une souscription, cela veut dire plus de pression sur les auteurs, on n'a pas le loisir de re-re-re-relire et re-re-re-réécrire une énième fois son texte. Mais en même temps, des fois il faut abandonner son bébé pour ne pas risquer d'en faire trop (l'ennemi du bien disait la grand-mère de l'Amiral Nelson, justement) et rien de tel qu'une deadline pour cela !

L'émulation est un autre aspect important : à discuter des différents aspects entre auteurs et non simplement avec des joueurs autour d'une partie, cela permet de découvrir des failles, des atouts, de nouvelles idées. On se retrouve obligé de mettre des mots sur des concepts à moitié formés, de synthétiser et d'organiser les idées... Et donc de commencer un travail rédactionnel digne de ce nom !

Enfin, le plus important à mes yeux, le sang neuf. J'aime bien demander à d'autres auteurs de travailler sur l'aspect monde d'un jeu et d'y insuffler leur vision de l'univers et leur sensibilité personnelle. Au détour des incompréhensions et des non-dits se cachent des merveilles d'innovations, de visions originales et surtout un style rafraîchissant. Que du bonus.

Camille-Claben ne m'a pas déçu et leur texte devrait prendre pas moins de 22 pages dans le livre ! :) 

Bref, travailler en équipe, ce n'est QUE bénéfique. Ami auteur, si vous écrivez seul dans votre coin, allez discuter de votre boulot avec un autre auteur pour une fois, vous verrez, ça donne un coup de fouet !